Apprendre tous les prénoms
Les nouvelles habitudes
S’arrêter et regarder ces petites fourmis
Doigts de fées armées
D’aiguilles et de seringues
Donner un sourire à un patient
Se retourner et rire de cet accent
Joyeux et heureux gorgé de soleil
Visages déployés
J’avais déjà presque oublié…
Avoir un métier,
C’est adopter une nouvelle famille
Dans son cœur
Un regard jeté et un compréhensif rendu
Lorsque la ligne fait bip lentement…
Je t’ai vu
Petit poussin abandonné
Au milieu d’un grand carrefour
Tu essayais d’avancer
Des gens méchants te poussent
Et te bousculent
Tu n’arrives plus à avancer
De gauche à droite
Malmené
Comme un pauvre petit être
Tu finiras écrasé
Ouvrir ou pas
Une chose que te rendra las
Par évidence
Pas un pas
Ne sera nécessaire
Cette fois
Pour oublier cela
Apprendre la nouvelle vie rose n’est pas sans inconvénients. Elle me met parfois dans un état certain de lassitude, morosité et langueur. J’attends, la seule véritable chose dans la vie qu’il ne faut absolument jamais faire : attendre. Et moi j’attends, comme si les choses pouvait tomber du ciel. Dans une ville ou je connais trois personnes à tout casser, un périph, et une dizaine de rues. Tous les matins embourbée dans un « que vais-je faire aujourd’hui ? », pour arriver au soir « que vais-je faire demain ? ». Alors j’attends. (le travail malgré tout me donnera une raison de me lever). L’homme parti pour un temps finalement indéterminé vers de sombres travaux, j’attends déjà au bout de deux semaines d’installation, les jours heureux et jolis tant attendus. Tout miser, ces espoirs et ces faux semblants ? pourquoi ? sur une personne, tant attendre (encore) d’un autre qui a déjà sa vie ici. Miser ces espoirs pour regretter, non. Miser ces espoirs, oui je l’ai fait, mais c’était pour avancer et ne pas regretter le « avant ». Avant, j’avais des amis, des copines, à côté, des parents quand j’étais toute seule et que j’avais envie de manger. Une pour boire, une pour rigoler, une pour jouer, une pour discuter, pleins pour bien se marrer. Tant d’espoirs bêtement, pour se retrouver seul communément comme le simple des mortels à qui on ne voudrait jamais ressembler finalement, c’est le même, c’est le nôtre, c’est nous, c’est toi, c’est moi maintenant. S’être tant battu pour ne pas ressembler à lui ou lui, assise devant un ordinateur dans ma chambre rouge-orange, voilà, je me dis que si, c’est moi aussi et pour un bon moment… Si gaie, active et débordante d’énergie, je me retrouve l’herbe coupée sous le pied, je pensais juste trop positivement à ce qu’aurait pu devenir ma vie maintenant, une chose un peu extraordinaire s’étant déroulée le jour où j’ai enfin passé le cap des 650 kms de ma ville de naissance ; une chose tout simplement pas commune pour MOI, loin des miens, je vais apprendre une autre vie en positive attitude. Trop d’espoirs et de rêves achevés d’un coup de sabre donné. Ma fierté est ravagée, être triste maintenant, c’est nul tout simplement. Comment ne désormais pas se détester d’avoir pris tous ces risques, d’arriver là dans l’impasse, celle où l’étau se resserre doucement, un abandon, et l’Angoisse, communément.
Les cheveux au vent, un soleil me caressant la peau devenant toute dorée, le rayon de soleil passant à travers de jolis rideaux soufflés par une légère brise, assise au fond d’un hamac avec un joli livre… faire des desserts, et pas de mamie gâteau Alsa, des vrais, acheter de bons légumes, manger du melon et du jambon de bayonne tout frais, se demander si on part à la mer ou à l’océan… ouvrir des cartons, des paquets de souvenirs, pleurer, penser aux gens qui manquent, puis ranger et remettre à un peu plus tard, regarder une voiture en panne et ne penser à rien à part « tant pis », « c’est un peu nul », ne même pas s’énerver, profiter et regarder autour de soi ce que la vie fais de joli, comme dans une chanson tendre d’Ayo, tout douce, calme, le long fleuve tranquille…
Tranquille
Regarder et écouter des gens gentils, accueillants… un orage sur la place du Capitol, rendant le ciel rosé avec des lumières magnifiques, rentrer en courant sous la pluie avec son amoureux, regarder les 600 chaines d’une télé, sans être capable d’en choisir une, flâner pour trouver LE panier qui ira bien ici ou là, regarder une jolie nappe ou un parasol, se faire les ongles, apprendre à se déplacer dans un endroit inconnu, être émerveillée de tout ce qui m’entoure, aller à la piscine chez ma copine, à melrose place, ou remake de beverly hills…changer de maillot de bain, de chaussures et de robes tous les jours, parce qu’ici, on peut enfin mettre toutes ces fringues abandonnées du politiquement correct parisien urbain… là c’est le rural et la loi de qui fais ce qu’il veut, qu’il soit heureux le soir au bord de la Garonne…
Je bulle, là, comme un poisson dans l’eau (sushi et maki virevoltent), il n’y a pas de but particulier (une fois n’est pas coutume), à part seulement de profiter de ces moments merveilleux que m’offrent le paysage et le temps toulousain, ma nouvelle ville, ma nouvelle vie, après toutes ces années passées sous le soleil gris de Paris…
J’ai regardé l’air incrédule la vie se dérouler dans un cocon familial déjà oublié
Je me suis endormie maintes fois sur le lit confortable et douillet d’une petite sœur devenue grande et censée
J’ai regardé le temps passer comme défile cette étoile éparpillée, mouchetée
J’ai pleuré toutes les nuits en pensée de ce qui allait arriver.
J’ai regarder une maman, un papa, s’en aller sans se retourner.
Puis je suis allée sur ce quai où j’aurai pu échangé mon sang comme une enfant avec une sœur coupée de désespoir, de tristesse et de chagrin, trouvant la force de me parler encore pour m’encourager dans cette nouvelle aventure, ma vie née.
J’ai avancé seule près du train qui allait me déchirer le cœur, je suis entrée
J’ai regardé les yeux brouillés, un paysage défiler, celui de ma naissance jusqu’à l’âge parfait
Les larmes ont coulé, telle une rivière abondée par temps de pluie, d’un glacier… mon cœur s’est chamboulé, a trépidé, eu quelques sursauts, ouvert, le sang en a coulé, il s’est arraché de ma poitrine, pour revenir s’y lover l’instant d’après… je les reverrai.
Puis je me suis promis, maintenant d’essayer d’avancer doucement, et ne plus trop penser